« Arrête avec tes mensonges » : un roman-vérité de Philippe Besson

Couverture d'Arrête avec tes mensonges de Philippe Besson

Avec « Arrête avec tes mensonges », un roman autobiographique, Philippe Besson se livre. Le résultat est poignant, mélancolique et tendre comme l’enfance.

[Avant-toute-chose : Désolé pour le jeu de mots foireux dans le titre. J’avais promis que j’arrêterais, mais je n’ai pas pu m’en empêcher. J’espère que vous trouverez le moyen de me pardonner.]

Critique en toute honnêteté.

« Arrête avec tes mensonges », l’histoire

Philippe Besson est en interview dans un hôtel avec une journaliste, pour parler de son dernier roman, quand une silhouette accroche son regard. Le monde se fige alors. Il se lève et se dirige vers cet homme. Il le sait, c’est lui. Il lui court après et l’arrête. Cela ne fait pas de sens après tant d’années. Et puis on n’arrête personne dans la rue. Pourtant, il ne peut pas s’en empêcher. Même 20 ans plus tard et de dos, il sait que c’est lui. Il l’arrête. L’homme se retourne.

Le roman nous plonge alors à Barbezieux, quand Philippe avait 17 ans, quand il était maladroit dans son corps trop maigre, quand il savait qu’il aimait les garçons mais qu’il n’avait pas pu expérimenter, quand il aimait les garçons mais n’avait d’yeux que pour un seul. Thomas Andrieu. Il n’est pas dans sa classe, il n’est pas dans son cercle d’amis, il n’est même pas homosexuel, et pourtant ses yeux ne se posent que sur lui. Quand il passe sous les fenêtres de sa classe, il ne peut s’empêcher de le scruter.

Un jour comme un autre, qui deviendra ce jour-là plus tard, quand il faudra dater, Thomas, son Thomas, s’arrête devant lui. Il s’adresse à lui, directement, pour la première fois, et lui propose de déjeuner ensemble.

« Arrête avec tes mensonges », c’est la phrase que répétait la mère de Philippe Besson quand il imaginait la vie des passants, comme il créera plus tard celle de ses personnages. Arrêter avec ses mensonges, c’est arrêter un instant avec la fiction, pour écarter légèrement le rideau sur sa vie et mettre en lumière une vie, celle d’un homme qu’il a aimé, une vie qui aurait dû être formidable, mais qui est passée à côté.

Philippe Besson, qui es-tu ?

Philippe Besson est né le 29 janvier 1967, comme l’introduit sa page Wikipédia, à Barbezieux-Saint-Hilaire. Vous ne savez pas où c’est ? Ouvrez « Arrête avec tes mensonges », il la décrit mieux que ce que je pourrais inventer.

Pour moi, Philippe Besson est un des premiers, si ce n’est le premier, écrivains homosexuels que j’ai lu. Je l’ai découvert à 15 ans, avec son roman En l’absence des hommes. Dans ma bibliothèque municipale de Salon-de-Provence, j’avais tapé « gay » dans le moteur de recherche, en jetant régulièrement un œil derrière moi pour m’assurer que personne ne voyait, et En l’absence des hommes est remonté, parmi d’autres romans, comme Le Frère de mon frère qui fut longtemps un de mes romans préférés – je vous en parlerai sûrement un jour. Je vais vous le dire tout de suite, je n’ai pas aimé son premier roman. Les soldats ne m’attirent pas. Je ne connaissais pas Marcel Proust.

Je suis revenu vers lui plus tard avec un Amour accidentel, avant de lire Un instant d’abandon et de m’arrêter là.

Pour moi, Philippe Besson est comme Philippe Djian, un auteur contemporain qui parle du monde contemporain et qui est présent dans ma vie depuis l’éclosion de mon regard sur le monde. Par ses romans, Philippe Besson présente la normalité de l’homosexualité : il est au cœur de ses romans, mais le sujet est ailleurs. C’est l’amour. Pas le sexe. Et ce regard normal, ses romans, est primordial pour les jeunes homosexuels notamment, comme moi à 15 ans qui avait besoin de comprendre qui j’étais et de ne pas me sentir seul. Philippe Besson m’a réconforté, m’a ouvert à la littérature quand je ne lisais pas encore vraiment et m’a enseigné l’amour.

Comment ce livre est-il arrivé sur ma table de chevet ?

Après une chronique de Philippe Besson dans Têtu, mon mari a eu envie de le relire. Comme moi à 15 ans, il a tapé son nom dans le moteur de recherche de notre bibliothèque et ce livre est remonté. Il l’a lu et me l’a tendu, les larmes aux yeux, en me disant : il faut absolument que tu le lises ; j’ai besoin d’en parler. Je l’ai posé sur ma table de chevet. J’ai fini Guillaume Dustan et j’ai attrapé Philippe Besson. L’étreinte a duré 3 heures. Je n’ai pas pu le lâcher entre la première et la dernière phrase.

Mon honnête avis

Si vous voulez me faire plaisir en littérature, il me faut 3 ingrédients :

  • une histoire d’enfance
  • une histoire d’auteur
  • une histoire gay

Si en plus le livre est saupoudré d’un style un peu langoureux avec de longues phrases confortables dans lesquelles se lover, vous faites de moi un homme heureux.

Alors bon, de base, avec moi, Philippe Besson part en territoire conquis – facile, mec !

Je vais toutefois tenter d’être objectif dans ma critique (mais est-ce que ça peut vraiment exister, une critique objective ?).

Ce roman brille par sa capacité à nous replonger dans l’adolescence. Surtout si vous êtes d’origine provinciale et vivez à Paris, vous connaissez cette dernière année de lycée où vous avez besoin de partir pour être qui vous êtes, mais où vous avez aussi besoin de croire que le présent ne bougera pas.

J’ai beaucoup aimé le travail de style fluide qui donne l’impression d’une longue confession orale où la temporalité est absorbée dans le discours. Plus de présent, plus de passé, seulement un présent de narration. La construction du roman est fine. La dernière partie est magnifique, avec le retour sur les mensonges, sur ce qu’on dit de soi dans un roman et ce qu’on glisse de faux dans un récit autobiographique.

Philippe Besson m’a ému. Il m’a fait réfléchir sur une période de ma vie que j’ai vécu avec les tripes et que je n’ai pas ou peu observé avec la tête : la fin de mon adolescence. Il a fait émerger ces amours ou amis pour la vie que ma vie a oublié. Il m’a rappelé que le temps passe, ses préoccupations, ses gens.

Merci pour ce moment.

Faut-il le lire ?

La puissance du roman réside principalement dans sa capacité à nous replonger dans notre enfance normale de gamin gay. Si vous êtes nostalgique de cette période, courez-y, il est excellent.

Si vous détestez les adolescents et leurs préoccupations nombrilistes, il n’est pas fait pour vous. Il ne vous apprendra rien sur un monde en jachère ou qui disparaît, comme pouvait le faire Marcel Proust dans Du côté de chez Swann. Si vous cherchez l’œuvre d’un grand styliste, ne venez pas. Vous vous glisseriez dans ses phrases comme dans un hamac : c’est agréable, on a l’impression d’être dans le ventre de sa mère, mais sérieusement, tu vas plus loin aujourd’hui avec une trottinette électrique.

Citation

J’ai dix-sept ans.

Je ne sais pas que je n’aurais plus jamais dix-sept ans, je ne sais pas que la jeunesse, ça ne dure pas, que ça n’est qu’un instant, que ça disparaît et quand on s’en rend compte il est trop tard, c’est fini, elle s’est volatilisée, on l’a perdue.

Où le trouver ?

Probablement dans votre bibliothèque municipale. Si elle ne l’a pas : forcez-la à un investir. Tous les Étienne de 15 ans doivent mettre la main dessus.

Pour votre consommation, vous pouvez vous rendre sur Amazon. C’est plus sûr.

Pour votre librairie du bas de la rue, prenez le titre, l’auteur et la maison d’édition. « Arrête avec tes mensonges ». Philippe Besson. Julliard.

Appel à témoins

Vous ne vivez pas la même passion que moi pour les romans d’enfance ? Vous avez lu « Arrête avec tes mensonges » ?  Vous avez aimé ? Venez dans l’espace commentaires partager votre avis.

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