Ce soir je sors : une nuit en boîte avec Guillaume Dustan

Couverture du roman Je sors ce soir de Guillaume Dustan

Ce soir je sors, le deuxième roman de Guillaume Dustan, nous entraîne avec lui dans une nuit de 1995 à la Loco, une boîte gay parisienne.

Critique stroboscopique.

Ce soir je sors, la story

Dimanche soir, Guillaume sort à la Loco. Il n’est pas comme ces musclemen qui s’exhibent sur le dancefloor. Il ne sait pas meubler les silences disco. Il y a bien ce gars qu’il aimerait se taper. Il avait passé un moment sympa avec lui dans une partouze, il y a quelques mois. Que lui dire ? Déjà, il n’est pas son style de mec. Il a couché avec lui uniquement parce qu’il était là. Ça s’est passé comme ça. Et c’était bien. Il n’aurait jamais cru.

Guillaume est trop poilu. Il a arrêté la salle après avoir quitté Paris il y a 2 ans. Ça se voit. Il ressemble plus à la pyramide du Louvre qu’au V de la victoire. Il bouffe Quick. Il compte ses billets. Il reporte la consommation de sa bière pour faire durer son portefeuille. Il est pathétique quand il achète sa drogue avec ses derniers billets. Il rêve qu’on lui file gratis cet exta. Il chie beaucoup et se démerde à trouver du PQ. Il pisse aussi. C’est inévitable.

Ce soir je sors nous plonge dans une soirée. Ce n’est pas le milieu gay. C’est le regard d’un homosexuel d’une trentaine d’années normal, frustré comme nous le sommes par ce que nous jalousons tous chez les autres.

Son style est stroboscopique. Ses pages débordent le récit. Il n’est pas un exercice de style. Il est une focalisation interne dans une unité de temps, de lieu et d’action. La tragédie du quotidien. L’action ? Il ne se passe rien. Comme souvent dans ces sorties où l’on s’attend à l’exceptionnel, mais où l’on rentre avec la Déception.

119 pages en 95 à la Loco.

Guillaume Dustan en 3 paragraphes

Je ne vous réécrirai pas la page Wikipédia de Dustan. Bougez-vous. Lisez au moins l’intro. Comme tout le monde. Et fermez l’onglet de votre navigateur en pensant tout savoir de lui. Comme tout le monde.

Guillaume Dustan est un auteur à la carrière fulgurante et étouffée par un scandale sur le no-capote. Son premier roman paraît en 1996. Il meurt en 2005 à 2 mois de ses 40 ans. En 8-9 ans, il sort 8 livres et est victime de la vindicte populaire.

Ce soir je sors est son deuxième roman et le deuxième volume d’une trilogie « autopornographique ».

Pourquoi ai-je lu ce livre ?

Chroniqué dans le dernier Têtu (n° 219) par Antoine Patinet, il a fini sur la table de chevet de mon mari. Celui-ci me l’a vendu comme un auteur classique gay, au même niveau que Hervé Guibert et Renaud Camus. Ce dernier fait également l’objet de scandale. Bien sûr, je n’ai découvert l’existence de cette trilogie qu’une fois la dernière page refermée. Je lirai plus tard Dans ma chambre et Plus fort que moi.

Mon humble avis

Le style Dustan en a nourri d’autres. Léo Fourrier et son Incident mineur, par exemple. Il est sec. Il suit le rythme du narrateur. Il est saccadé de scènes comme une soirée sans logique. On tombe sur des séquences, comme on tombe sur des tableaux dans une boîte. Son style dépasse la simple phrase, le simple paragraphe et finalement la page. Il déborde le simple texte comme les meilleurs auteurs le font. Je ne vous dévoilerai rien sur sa magie. Lisez-le, la surprise n’en sera que meilleure.

Ne cherchez pas une histoire. Ne cherchez pas à vous replonger dans une époque. Ce soir je sors est moderne. Les mots ont changé. On ne parle plus de « musclemen », mais d’« Instagay ». Les gens sont les mêmes. Les figures sont les mêmes. Le besoin de plaire est le même. Les jalousies et frustrations sont les mêmes. Tout comme la détestation de ceux qui ne nous représentent pas. Les mots ont changé. On ne parle plus d’« efféminés », on lâche « folle ». Mais le monde est le même. Tout comme la peur de se faire fracasser le crâne si l’on révèle son homosexualité. Comme ce soulagement de pouvoir être entre quatre murs parmi ces gens comme nous qui sont aussi soulagés de se trouver parmi leurs semblables. Le monde est le même.

Guillaume Dustan, c’est moi.

Devez-vous le lire ?

C’est un classique. Le style est intelligent et simple. Et il rassure en plein été quand on n’a toujours pas le summer body que l’on vise depuis février.

Citation, Serge !

Il y a déjà un peu plus de monde. Je mate en me disant que c’est cool d’être là à nouveau, parmi mes frères du ghetto. Que des pédés. Que des mecs que je peux regarder sans risque de me faire casser la gueule. Même si c’est dans les yeux. Que des mecs à qui ça fait a priori plaisir que je puisse avoir envie d’eux. Un endroit où je n’ai plus à être sur la défensive. Un endroit où je ne suis plus un animal qu’on attaque. Le paradis.

Où le trouver ?

Dans les meilleures bibliothèques. C’est un classique.

Sur Amazon. Dans le doute.

Et partout ailleurs avec le titre, l’auteur et la maison d’édition. Ce soir je sors. Guillaume Dutan. P.O.L.

Vous l’avez lu ?

Qu’en avez-vous pensé ? Dites-moi tout en commentaire.

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