Ici commence la nuit : retour au lac avec Guiraudie

Couverture du roman gay Ici commence la nuit

Retour au lac avec le premier roman d’Alain Guiraudie : Ici commence la nuit. Il nous plonge dans deux semaines estivales de hautes tensions où se mêlent amours interdites, meurtre, suicide, détournement de mineur…

En résumé

Gilles a 40 ans. Il est en vacances pour deux semaines et il ne sait pas comment les occuper. Le premier jour, il va chez Mariette, la soixantaine bien entamée, et Pépé, le père de cette dernière, 98 ans.

Quand il arrive, pas de trace de Mariette. Pépé travaille au fond du jardin. En passant près du linge à sécher, Gilles repère une rangée de slips kangourou de Pépé. Il en fauche un, comme il le fait régulièrement ces derniers temps. Excité, il décide cette fois-ci de l’enfiler. Il retire son short et son slip, passe le sous-vêtement de Pépé et se rhabille.

Mariette débarque. Tout de suite, elle constate qu’il manque un slip. Elle les a comptés après les avoir pendus. Il y en avait 7. Maintenant, il n’en reste plus que 6. En sus, elle découvre un slip rouge par terre qui n’appartient à personne ici. Ça l’énerve, la Mariette. Pépé se moque d’elle, mais elle trouve ça inquiétant. Pourquoi voler des slips de Pépé ? Gilles exulte intérieurement.

Gilles, Pépé, Mariette et la petite fille de cette dernière déjeunent ensemble. Après manger, c’est l’heure de la traditionnelle sieste. La gamine remonte dans sa chambre.

Les trois adultes somnolent dans les fauteuils du salon. Quand il est certain que les deux autres dorment, Gilles décide de se branler, là, à côté d’eux, dans le slip de Pépé. Ça monte vite. Quand il jouit, il est gêné : s’il reste comme ça, le sperme va transpercer son short et il aura l’air bête. Il récupère alors son slip rouge déposé dans l’entrée par Mariette. Il file à nouveau dans le jardin et se change. Puis, il remet à sécher le slip bleu de Pépé, rempli de sperme. Enfin, il court se remettre sur son fauteuil pour faire mine de dormir.

Quand elle se réveille, Mariette est folle. Le slip rouge a disparu. La plaisanterie prend fin quand débarque la gendarmerie nationale qui vient enquêter sur ce fameux vol de slip. Mais voilà, l’objet du délit est réapparu. Mais avec du sperme dans celui-ci. Pépé et Mariette comprennent qui est le coupable et veulent laisser tomber. Ce n’est pas l’avis du chef de la gendarmerie.

Qui est Alain Guiraudie ?

Né en 1964, Alain Guiraudie est réalisateur, scénariste et écrivain français. Habitué du festival de Cannes dès 2001, où il présente le moyen métrage Ce vieux rêve qui bouge, il fera parler de lui en 2013 auprès du grand public avec son film L’Inconnu du lac. Grâce à ce dernier, il y remporte le prix de la mise en scène.

C’est l’année suivante qu’il sort son seul roman à ce jour : Ici commence la nuit. Comme dans son film sorti à la même époque, on retrouve un lac au centre de l’histoire, des rencontres gay derrière les arbres qui jouxtent les berges et un meurtre.

Comment a-t-il fini sur ma table de chevet ?

Dans un article sur Querelle, le dernier roman de Kevin Lambert, paru dans je ne sais plus quel journal, le critique comparait le récit de l’auteur canadien aux œuvres de Virginie Despentes, Christine Angot, Jean Genet et Alain Guiraudie. Par curiosité, j’ai pris un roman de chaque auteur et m’y suis plongé.

Mon timide avis

La première chose qui m’a étonné dans le roman est le style. Court. Rapide. Alain Guiraudie ne se perd pas dans les dialogues ou les descriptions. Il va droit à l’essentiel et le roman avance comme une fusée, sans pour autant se précipiter. En cela, il me fait penser au style de Guillaume Dustan, notamment dans Ce soir je sors. Par ailleurs, Guiraudie ne cherche pas une langue à la Saint-Germain-des-Prés. Son personnage est commercial, il écrit et parle donc comme tel.

La deuxième chose à laquelle j’ai pensé, ce sont les premières œuvres de Philippe Djian dont j’étais si fan que je lui ai accordé le sujet de mon mémoire de Master 1. J’ai retrouvé le côté « pauvre type de narrateur ». Bien sûr, c’est moi en tant que lecteur qui le regarde comme ça. L’auteur se contente de poser son personnage, de dire : voilà comment il fonctionne. C’est tout. Ensuite, on le suit ou pas.

La force de ce roman se trouve pour moi dans ce dernier point. Il n’y a aucune mise en scène de la vie du narrateur. Il lui arrive des choses, on ne sait pas trop comment ni pourquoi, et il réagit. Point.

Est-ce que je l’ai aimé ? Je crois avoir répondu en citant Philippe Djian, non ? Mais parce que même si ça va sans dire, c’est toujours mieux en le disant : j’ai adoré ce roman. J’ai été déboussolé tout du long, mais le style de l’auteur m’a porté et j’ai trouvé le personnage principal attachant. J’ai également trouvé très intéressants la relation entre ces quatre générations (l’adolescente, le quarantenaire, la sexagénaire et le presque centenaire) et le regard que chacun porte sur la sexualité de l’autre. Le plus émouvant tout de même reste cette relation sans nom qui unit Pépé et Gilles.

Faut-il lire ce livre ?

Le roman est cru, très cru. Si vous êtes sensible, fuyez. Si vous aimez un style qui dérange et un roman qui vous emmène dans des endroits que vous n’aviez pas envisagés, allez-y. Fan des œuvres de Philippe Djian, courez-y ! Ça serait presque la version gay de Philippe Djian. Ou en tout cas une.

Citation

Puis on se détache, on va dans le canapé, on boit des pastis, on se caresse, je lui dis encore une fois qu’il embrasse vachement bien… Il me répond que c’est parce que moi, j’embrasse vachement bien, que lui, il embrasse vachement bien… « Pour les baisers, il faut être deux », il ajoute, et du coup, on s’embrasse, encore un long baiser et quand on sent qu’on arrive au bout du baiser, y’en a toujours un des deux pour le relancer encore plus fort.

Où le trouver ?

En bibliothèque ou librairie, neuf ou d’occasion, numérique ou papier, avec les informations suivantes : Ici commence la nuit, Alain Guiraudie, POL, 2014.

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Vous avez lu ce livre ? Vous aimez sans être fan de Philippe Djian ? Laissez-moi un commentaire !

Bandeau pour le roman Tuer le bon gay

 

2 Commentaires

  • Avatar
    Guy Bordin Publié 22 juillet 2020 23 h 27 min

    J’adore le cinéma de Guiraudie, mais je ne savais pas qu’il était aussi romancier. Merci donc pour cette critique d’une découverte que j’ai très envie de lire.

    • Etienne Bompais-Pham
      Etienne Bompais-Pham Publié 24 juillet 2020 16 h 14 min

      Bonjour Guy,

      Je vous en prie. 🙂 J’espère que vous aimerai autant que moi.

      Bonne journée à vous.

      Étienne.

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