Un incident mineur : un premier roman majeur

Couverture du roman Un incident mineur de Léo FourrierUn incident mineur, un premier roman qui ne fait pas dans la rondeur. Il est moderne, acide, précis. Comme je les aime.

[Avant-propos : Avant d’entrer dans le vif du sujet, je souhaiterais m’excuser auprès de mes fidèles lecteurs qui, dans le titre de cette toute première critique, peuvent être déçus de retrouver un style BFM TV ou Capital auquel je ne les ai pas habitués jusqu’à présent. Promis, dans la suite de la critique, je vais tenter de ravaler ces relents journalistiques.]

Critique sous cocaïne.

Un incident mineur, c’est quoi l’histoire ?

Le narrateur a 16 ans. On ne connaîtra jamais son nom. Il sera l’adolescent. Sans majuscule, ni généralisation, ni symbolisation. Ses parents sont partis outre-mer après la mutation du père. Ils ont préféré l’émanciper. C’est mieux pour lui de suivre sa scolarité dans un lycée des beaux quartiers de Paris. 

De l’extérieur, il cultive l’image de l’adolescence sage et cultivée. À l’intérieur, c’est une terre mi-sauvage mi-brûlée. 

Sa vie est cokée. Sèche. Saccadée. La journée au lycée, la nuit en boîte gay avec sa meilleure amie. Iris d’Orman. Ce soir-là, après un monologue politico-sociétal, elle le supplie de remplacer la baby-sitter de ses deux petites sœurs. Elle n’en peut plus de ces connasses de Montreuil qui la jugent dès qu’elles la voient. Et qui se barrent en prévenant à la dernière minute. Aucun respect. 

Lui rêve de quelque chose d’adulte… d’adultère. Il repense au père d’Orman. Ça le changera de ces mecs efféminés qui se dandinent sur la scène. Il accepte. Entrer dans l’intimité d’Orman, quoi de plus excitant ? 

Il ne sait pas ce que cette décision provoquera. Chez le père dont il tombera amoureux. Chez la mère qu’il cocufiera. Chez la fille qu’il trahira.  

Qui est Léo Fourrier ?

Photo de Léo Fourrier

©Francesca Mantovani-éditions Gallimard

Léo Fourrier est né en 1995. Il commence l’écriture d’un récit, alors qu’il est encore étudiant en hypokhâgne à Hélène Boucher dans le XXe arrondissement de Paris. Ce récit sera Un incident mineur. 

Ses propres rapports à la drogue, ses relations plus ou moins amoureuses et ses nombreuses sorties ont nourrir son roman. Comme il le dit aux Échos.

Il fait lire son manuscrit à son professeur de lettres. À 23 ans, il est publié chez Gallimard, dans sa collection la plus prestigieuse : Page Blanche. 

Pourquoi ai-je lu ce livre ? 

Un jour d’ennui, j’ai cherché de nouveaux romans gays sur Babelio. De clic en clic, j’ai atterri sur un commentaire concernant ce roman. Quelques critiques mi-chats mi-chiens, je me dis : pourquoi pas ?

Avant de l’acheter, je lis les premières pages. J’ai acheté trop de romans sur un bon titre ou un bon résumé pour finir par les jeter à peine commencés. Les premières pages de Fourrier m’ont dépité. Une histoire prometteuse, mais un style insupportable. Le genre parisien m’as-tu vu qui aligne les effets de style aux rails qu’il ingère. Froid, saccadé, mécanique. Moi j’aime les enchevêtrements qui tricotent un style confortable. 

Je me dis : « Vas-y, lis ce bouquin. Sur le papier, il a tout pour te plaire. Dans le pire des cas, tu le revendras. »

Je l’ai acheté. Je l’ai glissé dans mon sac à dos avant de partir pour un week-end prolongé. Le temps du voyage, le temps de le lire. 

Mon avis

Ne cherchez pas l’intérêt du roman dans son histoire. Elle n’est pas originale. Pourtant, elle vous attrape. Elle vous accroche. Elle ne vous lâche plus. Frisson de l’adultère, retournements de situation, scènes de sexe entre hommes, trahisons à la Merteuil…

Le style imite l’écriture sous cocaïne. Sujet-verbe-point. Il me rebutait. Il m’a terrassé. Chaque phrase est pesée. Vidée du superflu. Aucune n’est inutile. Chaque mot se répercute avec le précédent. Sa lecture est une vraie leçon de style au XXIe siècle.

Le roman met la lumière sur l’artifice naturel de l’homos connectus. Cet être des années 2010 qui doit se montrer et être vu pour exister. Dictature des réseaux sociaux, miroirs déformants des Narcisse modernes.

J’ai retrouvé les endroits que je connais et fréquente. Les lieux gay : le carrousel du Louvre, le Dépôt ou le Sun City. Les rues parisiennes dans lesquels l’auteur nous fait déambuler. 

Devez-vous le lire ?

Oui. 

Avant d’être un roman gay, c’est un roman sur la dissolution de l’adolescence dans l’adulte… via l’adultère. Il y a des plans cul et des tournantes, mais le sujet du roman n’est pas l’homosexualité. C’est le roman d’un monde d’adultes qui brûlent sa jeunesse comme un bâton d’encens. Pour l’ambiance et la réminiscence.

Première page

Un verre. Un shot. Un rail. L’adolescent se sent déjà mieux. Il est entouré d’un staff intéressé. Assis à l’angle du haut bar coloré. Absorbé par l’observation de l’ordinaire foule ondulante. Peu d’amis dans le Milieu, surtout des connaissances. Elles le font entrer. Seize ans, tout juste. Il est en première, mais habite seul une chambre de bonne.

Les parents sont partis le mois dernier, outre-mer. « Si tu savais, c’est un vrai bagne ici ! » Le père a été muté. La mère n’a fait que suivre. Ils l’ont émancipé. Ils lui ont présenté le papier comme une formalité pour qu’il reste dans la capitale. Pour qu’il reste dans un meilleur lycée.

L’adolescent est à peine pubère et peut-être précoce. Placé là par un formulaire et une poignée de paraphes. Jeudi soir de septembre. Onze heures cinquante-neuf.

Où le trouver ?

Dans ma bibliothèque. Je vais le garder, le relire, le feuilleter et le prêter.

Dans les meilleures bibliothèques. Forcez votre bibliothécaire, s’il ne l’a pas.

Sur Amazon. Dans le pire des cas.

Partout ailleurs avec le titre, l’auteur et la maison d’édition. Un incident mineur. Léo Fourrier. Gallimard. 19,50 €.

Vous l’avez lu ?

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