Jolis jolis monstres, une jolie jolie plongée parmi les queens

Couverture de Jolis Jolis Monstres, de Julien Dufresnes-Lamy

Avec Jolis Jolis Monstres, Julien Dusfresnes-Lamy nous plonge dans le monde des drag-queens, de New York à Los Angeles, du début des années sida à aujourd’hui. Un roman presque anthropologique, au style irréprochablement indécent.

L’histoire

James est une légende du monde des drag queens de New York du début des années 80. Sous la perruque de Lady Prudence, il a vécu les bals, les reines de cabaret, les club kids, le voguing avant le nom, et les stars de l’underground : Madonna, David Bowie ou Keith Haring.

Bien des années après avoir quitté New York, à l’heure où Ru Paul anime une émission tout public, il revient dans cette ville qu’il ne reconnaît pas. Les bars qu’il fréquentait ont fermé. Le monde et les mentalités ont changé.

Il rencontre alors Victor, un jeune latino qui a quitté Los Angeles pour se lancer en tant que drag queen. Aujourd’hui, la seule folie qu’il explore est la couleur du torchon qu’il utilise pour nettoyer son bar : rose. De la scène, il ne croise que le public qui se rue sur lui pour commander une nouvelle tournée.

Victor a peur. Il ne connaît rien des codes qui forment les drag queens. Qu’il doit en être. Mais drag queen, ce n’est pas se maquiller et parader en singeant la femme. C’est porter une histoire, celle de ces hommes persécutés qui ont dû lutter pour exister. C’est ce que va lui raconter James en le replongeant en 1980.

Nous sommes un secret enfermé dans une boîte qu’il ne faut surtout pas ouvrir.

Qui est Julien Dufresnes-Lamy ?

Julien Dufresnes-Lamy est né à La Rochelle en 1987. Avant d’être écrivain, il était journaliste culturel à Lyon pour Lyon Capitale. À 22 ans, il écrit les fondements de son premier roman, Dans ma tête, je m’appelle Alice, à l’occasion d’un concours de nouvelles.

En parallèle de sa carrière d’écrivain de romans pour adultes, il poursuit une carrière d’auteur pour la jeunesse. Son quatrième roman pour enfant-préadolescent, Les étonnantes aventures du merveilleux minuscule Benjamin Berlin, est même finaliste du prix Gulli du roman 2019.

En 2019, il sort son quatrième roman pour adultes, Jolis Jolis Monstres.

J’arrête ici ma paraphrase de Wikipedia. Je vous laisse lire sa page pour en savoir plus.

Comment a-t-il fini entre mes doigts ?

Au Salon du livre gay de Paris, édition 2019, parmi tous les romans auto-édités (je vous épargne mon ressenti sur ce salon que j’ai déjà évoqué dans ma précédente chronique), seulement 3 tables se sont distinguées :

Sur la table de cette dernière, le seul ouvrage que je n’avais pas lu était celui de Julien Dufresne-Lamy. Moi qui passe mes après-midi à écrire en buvant du café, je me trouve très loin du monde de la nuit. Des drag queens, je ne connais que la partie Queens de Christine And The Queens. Cet univers ne m’intéresse pas. En plus, la mention des « années sida » sur la quatrième de couverture m’a lassé d’avance : pour faire un bon livre gay, faut-il toujours en parler ?

Malgré toutes ces réticences, je l’ai acheté. Peut-être plus pour sauver Les mots à la bouche que pour mon propre plaisir.

Mon fol avis

Mes premiers doutes furent anéantis par le style puissant et frais de l’auteur. Julien Dufresnes-Lamy, n’y va pas avec le dos du faux ongle. La première phrase m’a époustouflé, et ce d’autant plus que le style du précédent roman que j’ai lu était neutre. L’auteur a le talent d’un grand écrivain. Il remaquille les images que l’on connaît déjà. Il ne se contente pas de nous plonger dans l’univers des drag queens, il nous le fait vivre avec ses mots.

Passé l’étonnement du style, j’ai eu beaucoup de mal à démarrer le livre. Après 100 pages lus en presque 2 semaines, je me suis vraiment interrogé. Est-ce parce que je n’ouvrais le livre que lorsque j’étais trop fatigué pour continuer d’écrire ? Ou le roman était-il en cause ? Je lui reprochais trop de name-dropping : Madonna ici avant Madonna, David Bowie dans un coin… Des noms qui tissaient un arrière-plan un peu trop criard pour présenter un intérêt pour moi.

J’ai fermé le bouquin sans y remettre mon marque-page.

Le lendemain, je l’ai rouvert et je me suis promis de lui accorder plus attention qu’un esprit ensablé de sommeil. En quelques sessions plus éveillé, je me suis laissé emporter par la plume de Julien Dufresnes-Lamy et la vie de Lady Prudence. J’ai trouvé un monde profond, sans fausse superficialité comme on peut en trouver dans tous ces films où l’on case un queen comme une bête de foire. Julien Dufresnes-Lamy n’a pas peur de retirer le maquillage et les faux seins pour nous montrer les hommes.

Mon fol avis : une histoire intéressante, malgré ma réticence du départ. J’ai pris plaisir à découvrir ce milieu dont je ne connaissais pas la profondeur. Et un style magnifique qui me fera suivre cet auteur. Hâte de lire le suivant.

Ce roman est-il fait pour vous ?

Selon moi, ce roman n’est pas fait pour tout le monde. Il faut aimer se replonger dans les années 1980, cette époque où les homosexuels dénombraient les morts autour d’eux. Il ne faut pas avoir peur d’un style incisif et parlé. Je le conseillerais à un public averti, non pas pour ce qu’il raconte, mais pour l’intérêt que l’on peut y trouver.

Citation

— Tommy est le genre de mec qui, si tu lances un sandwich, te baisera avant qu’il soit retombé à terre.

— Quoi ? Un sandwich ? Qu’est-ce que tu dis ?

— Un donut, tu préfères ?

— Un cookie à la cannelle ? J’ai faim.

— Prudence, ma Prudence. Je suis sérieuse. Garde bien les yeux ouverts.

— Si tu m’avais parlé d’un cookie à la cannelle, je t’aurais crue peut-être. Mais sans déc’, Bunny, laisse-moi l’aimer comme je l’aime.

Jolis Jolis Monstres, Julien Dufresne-Lamy.

Où le trouver ?

En bibliothèque ou librairie, neuf ou d’occasion, numérique ou papier, avec les informations suivantes : Jolis Jolis Monstres, Julien Dufresne-Lamy, Éditions Belfond, 2019.

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