Roy, de Roger Peyrefitte : Candide, le sexe au poing

Avec son roman Roy, Roger Peyrefitte nous plonge dans le Los Angeles de la fin des années 1970 à travers les yeux d’un Candide de 13 ans qui découvre le monde gai.

L’histoire

Roy, treize ans et demi, se balade une nuit en skateboard dans les hauteurs de Summit Ridge, près de chez lui, quand une voiture s’arrête à son niveau. Le conducteur, la cinquantaine, au visage difforme et énergique, lui propose de le reconduire chez lui. Le ton énergique de l’homme, son sourire « féminin » et la marque de luxe du véhicule le convainquent de le suivre. Roy monte.

La voiture s’arrête un peu plus loin. L’homme lui demande de mettre son skate sur la banquette arrière et s’exhibe à lui. Le membre qu’il arbore, par ses proportions, émerveille Roy. Lorsque l’homme, Jack, lui propose de l’empoigner, il ne peut refuser. L’homme le débraguette à son tour et lui octroie une fellation. Avant de repartir, Jack lui apprend qu’il est le chef de la police de Los Angeles. Il lui donne un billet de cent dollars et lui propose de se revoir. Pour cela, quand il le peut, Roy l’appelle le matin pour organiser un rendez-vous le soir même, si le chef de la police est disponible. Roy accepte.

C’est le démarrage pour Roy d’une initiation où le « tout est au mieux dans le meilleur des mondes » de Candide est remplacé par « Get money, still get money boy, – No matter by what means », vers de Ben Jonson seriné par son père depuis sa tendre enfance. Ce mantra qui façonne la carte postale de Beverly Hills permet à Roy de découvrir une vie d’adultes bien hypocrite dont il suivra l’exemple. Ainsi, de rencontre en rencontre, il découvre la prostitution de luxe, le cruising gay et les mensonges que les hommes s’inventent pour respecter leur fausse ligne de conduite.

Ce roman érotique (qui, pour Peyrefitte, est au porno ce que l’humour est à l’amour) alterne chapitres érotiques et chapitres sociologiques sur l’état du pays en cette fin des années 1970 : proposition 6 alimentant l’homophobie, avec la croisade d’Anita Bryant, montée des icônes gay (Harvey Milk en tête), emprise croissante des sectes…

Qui est Roger Peyrefitte ?

Roger Peyrefitte est une grande figure littéraire de la seconde moitié du XXe siècle. Né en 1907 à Castres, il suit tout d’abord une carrière diplomatique avant qu’une affaire de suspicion de détournement d’un adolescent y mette un terme. Démarre alors pour lui une carrière littéraire : romans, anthologie de textes grecs et biographies historiques. Il mourra fin 2000, retiré à Paris dans son appartement du 16e arrondissement depuis 1993.

On retrouve dans Roy les centres d’intérêt de l’auteur : la conjoncture économique et politique, la jeune sexualité, pour lui qui se définit plus comme pédéraste qu’homosexuel (« J’aime les agneaux, pas les moutons », disait-il), ainsi que son style concis et percutant, avec un vocabulaire très érudit.

Comment a-t-il fini dans ma liseuse ?

Le roman m’a été conseillé par une relation sur Twitter. Le fait qu’il se déroule dans les années 1970 m’a un peu rebuté, mais la découverte des aventures sexuelles (limite pornographique) de Roy, un très jeune garçon ado et Californien tel que présenté par l’éditeur, a soulevé mon intérêt. J’ai pensé à Renaud Camus et son Tricks et je me suis dit qu’il pourrait être intéressant de voir comment cette sexualité peut être traitée autrement. Je l’ai donc acheté chez l’éditeur Textes gais.

Mon avis

J’ai adoré. Les passages érotiques fonctionnent. Ils ne m’ont ni frustré (pour l’aspect érotisme pur) ni épuisés comme a pu le faire Tricks de Renaud Camus. L’alternance avec des chapitres présentant la vie du héros, contextualisant les rapports qu’il développe avec ses amis les plus proches et présentant le monde dans lequel il vit (Beverly Hills Nord, le lycée, le milieu gai…) soulage la lecture et la rend encore plus intéressante.

Mis à part Voltaire et son Candide que j’ai déjà évoqués plus haut, ce roman m’a fait pensé à ce qu’a voulu faire Sade avec les 120 Journées de Sodome, mais en réussi. Je n’ai pas ressenti l’étouffement et l’impression que ce livre était écrit pour être lu d’une main ou pour tester la sensibilité du prude lecteur, avec quelques passages pseudo-philosophiques pour faire croire que le sujet est ailleurs que dans le sexe.

J’ai aussi adoré le style élégant, très imagé, concis et clair. J’ai pris un énorme plaisir à lire ce roman et à comprendre le contexte dans lequel la proposition 6 (qui donc visait à interdire aux homosexuels d’enseigner) n’est pas passée, où des homosexuels ont commencé à exister sur la scène politique, mais où Harvey Milk est mort. Ces sujets étaient évoqués dans les premiers tomes des Chroniques de San Francisco d’Armistead Maupin, mais certainement pas avec autant de clarté (parce que l’auteur s’adresse évidemment à un lecteur français qui n’est pas plongé dans la politique américaine).

La puissance de ce roman réside aussi dans ce regard presque rempli d’espoir posé sur les États-Unis (et le monde ?), quelques mois avant l’apparition du sida.

Devez-vous lire ce livre ?

J’aurais envie de conseiller ce roman à tout le monde, mais je vais être honnête. Un détail peut bloquer la lecture, et ce même du plus grand fan de Renaud Camus : le héros qui découvre sa sexualité avec des adultes n’a même pas quatorze ans. Il y a ceux qui verront le verre à moitié vide et y liront la volonté d’un pédophile de s’auto-exciter en même temps que ses congénères. Et il y a ceux qui verront le verre à moitié plein et y liront la volonté de lever l’hypocrisie sur une partie du monde, y compris la sexualité et l’innocence des enfants. Je fais partie de la seconde moitié. À vous de voir où vous vous trouvez.

Citation

La facilité avec laquelle Roy avait reçu les cent dollars venait peut-être de ce que, dans sa famille, on lui avait inspiré le culte de l’argent. Son père lui avait seriné tout enfant ces vers de Ben Jonson, le contemporain de Shakespeare – Get money, still get money, boy, – No matter by whats means. (« Gagne de l’argent, gagne encore de l’argent, mon garçon, – N’importe par quels moyens. ») Et l’une des premières poésies qu’on lui avait apprises à l’école Buckley, d’un autre poète anglais, Robert Browning, disait ceci : « Chaque joie est un gain, – Et un gain est un gain, même petit. » Son éducation, familiale et scolaire, avait tendu, par conséquent, à le persuader que, si la joie est un gain, le gain est une joie.

Roy, Roger Peyrefitte.

Où le trouver ?

En bibliothèque ou librairie, neuf ou d’occasion, numérique ou papier, avec les informations suivantes : Roy, Roger Peyrefitte, Albin Michel, 1979.

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