Le Youtubeur, romance gay derrière les réseaux sociaux

Avec Le Youtubeur, Enzo Daumier nous raconte l’histoire d’un jeune bachelier et d’un célèbre Youtubeur anglais. Une histoire… d’amour ou d’amitié ++ ?

L’intrigue

Marc dort sur le canapé de sa meilleure amie depuis que ses parents l’ont mis à la porte après son coming out. Pour profiter d’une soirée avec son petit-copain, sa meilleure amie lui demande de libérer l’appartement et lui suggère, pourquoi pas, d’essayer le sauna. Ne serait-ce pas l’opportunité d’y abandonner sa virginité ?

Après quelques tergiversations, il cède. À l’Exotique, comme s’appelle l’établissement gay toulousain, il fait la rencontre de Damian, un très bel Anglais d’une vingtaine d’années. Malgré son excitation, le beau Britannique refuse que quelqu’un se dépucelle ailleurs que dans un lit (et encore moins dans un sauna !). Il lui propose alors de sortir ensemble.

Ils passent une soirée enchantée. Mais comme dans un conte de fées, cette nuit s’achève avec un goût de pas assez. L’Anglais rejoint son hôtel seul et rentre dans son pays le lendemain matin, non sans récupérer l’adresse mail de Marc pour lui envoyer les photos qu’il a prises d’eux.

Quelques semaines plus tard, Marc reçoit un mail de cet homme qu’il n’arrive pas à oublier avec pour pièce jointe la photo qu’ils ont prise ensemble. Une seule phrase l’accompagne : « Thanks pal we look good together ». Qu’est-ce que ça veut dire ? Doit-il se concentrer sur « Pal », comme des amis, ou sur « together », comme un désir de couple ?

C’est la question qui hantera Marc tout le long du roman, quand il sera amené à passer un long séjour outre-Manche chez Damian qui s’avère être un célèbre Youtubeur anglo-saxon. Peut-il se laisser tomber amoureux d’un homme qui vit à des centaines de kilomètres de lui ? Peut-il se permettre de n’être qu’un plan cul ?…

Qui est Enzo Daumier ?

Originaire du sud de la France, Enzo Daumier a traversé la Manche à la fin de ses études. Après quelques années à Londres et à Oxford, il vit désormais dans le Yorkshire, avec son mari et son chat.

Il est l’auteur de nombreuses romances gay, dont la série Tendres Baisers d’Oxford, parue chez Harlequin HQN.

Il anime aussi le podcast Ma bibli dans le placard qui explore tous les mois la littérature gay et la romance MM, de leurs origines à nos jours. À écouter d’urgence !

Comment a-t-il fini dans ma liseuse ?

Je suis abonné à la newsletter d’Enzo Daumier. Dans l’une d’elles, il proposait un concours pour recevoir gratuitement son roman Le Youtubeur. Fasciné par les réseaux sociaux, un peu moins par la romance, je me suis laissé tenter. J’ai donc participé et heureusement été sélectionné !

Mon avis

Le livre commence bien, avec une première scène dans un sauna gay. Cela change des romances MM où les personnages se rencontrent dans des endroits polissés comme une bibliothèque ou une librairie, lieux qui excitent les lectrices du genre. Avec Le Youtubeur, nous démarrons dans le cœur de la vie gay (en tout cas de certains) : le sauna.

Cela donne le ton. Même si l’on reste dans une romance, avec tout ce que cela implique de tensions sexuelles, attirances, doutes, etc., nous sommes bien dans un roman gay écrit par un auteur homosexuel (ce que l’on appelle le ownvoice, comme je vous l’évoquais dans mon dernier article). On largue donc ici les clichés hétéronormés de la monogamie de base, voire de l’asexualité des héros qui n’ont pas le droit d’avoir des plans cul (par exemple).

Malgré cette forme de réalité présente dans son roman, il s’agit bien d’une romance avec ce qu’elle comporte de féérie à laquelle j’ai toujours un peu de mal à adhérer. Ici, ce n’est pas un prince et un fils de présidente des USA qui s’aiment, mais un pauvre fils de fermier abandonné par ses parents qui tombe amoureux d’un riche Youtubeur philanthropique. Pour quelqu’un qui aime les romans sales, comme moi, le cadre de ce roman peut paraître bien lisse. Il n’en reste pas moins plaisant à lire et intéressant. Fan des romans qui parlent de création, j’ai été gâté ici avec les Youtubeurs et les musiciens.

En somme, une belle romance qui fonctionne bien, tire le sourire et les larmes quand il le faut, avec une écriture fluide qui fait tourner les pages. Un petit bémol toutefois, selon moi : un titre peut-être un peu pauvre qui ne fait pas honneur à la qualité du texte.

Devez-vous lire ce livre ?

Si vous aimez les romances MM, il faut absolument que vous le lisiez. Si vous n’aimez pas les histoires d’amour, passez votre chemin. Si vous cherchez un roman léger entre deux tomes d’À la recherche du temps perdu, c’est celui qu’il vous faut.

Citation

Finalement, ce n’est pas une si mauvaise idée d’être venu dans ce sauna. À défaut d’une partie de jambes en l’air, j’ai peut-être trouvé une solution à mon problème.

Distraitement, je regardai autour de moi les hommes présents dans la petite pièce. La décoration était simple, mais ne manquait pas d’élégance. La lumière était tamisée et les fauteuils confortables. Certains clients — des habitués certainement — discutaient à voix basse, mais la majorité faisait semblant de regarder le film hollywoodien qui était diffusé sur le grand écran. Des œillades étaient échangées de temps en temps. Tout le monde jaugeait la marchandise. Et c’était l’effet que je me faisais : un morceau de viande, tout frais et appétissant, attendant d’être consommé sur place, ou plus loin dans l’intimité d’une cabine…

Le Youtubeur, Enzo Daumier.

Où le trouver ?

En numérique sur Amazon avec les informations suivantes : Le Youtubeur, Enzo Daumier, 2020.

Les derniers mots pour Enzo Daumier

Étienne Bompais-Pham : Quel a été le point de départ de l’écriture de ton roman ?

Enzo Daumier : J’ai commencé à écrire ce roman en mars 2016 quand j’enseignais au Lycée français de Londres et passais ma semaine à South Kensington, avant de rentrer à Oxford pour un long week-end. J’avais envie d’écrire une romance gay qui se passerait dans le même univers que Tendres Baisers d’Oxford (dont deux tomes sur trois avaient été écrits, si je me souviens bien, et dont le premier allait être publié chez HQN)… mais je voulais me détacher un peu des lieux communs de la romance MM, tels qu’on les retrouvait chez Dreamspinner Press, l’éditeur américain, par exemple. 

Après avoir suivi les aventures amoureuses d’un ancien chartiste et doctorant de l’Université d’Oxford (Lucien), j’avais envie de quelque chose de plus moderne. Je souhaitais aussi qu’une partie du roman ait lieu à Toulouse, une ville que j’aime beaucoup et dans laquelle j’ai vécu durant trois années. Je savais que le reste se passerait en Angleterre, car j’éprouvais (et éprouve encore) le besoin de partager, indirectement, à travers la fiction, mon expérience d’expat (ou d’immigré, si on veut employer un terme moins glamour).

ÉBP : Pourquoi un youtubeur ?

ED : Il s’agit d’un métier entièrement neuf, qui était peu connu à l’époque. Comme tout le monde, je regardais des vidéos sur YouTube, mais j’ignorais que l’on pouvait gagner sa vie en créant des vidéos, qu’il s’agissait d’un vrai métier. Quand j’ai commencé à penser au Youtubeur, je connaissais vaguement Norman et Cyprien comme Youtubeurs français et, côté UK, je suivais de loin en loin les vidéos de Charlie McDonnell (CharlieIsSoCoolLike). Ma connaissance dans le domaine s’arrêtait là. Puis, j’ai vu une émission de TV qui leur était en partie consacrée (Rich Kids Go Shopping de Channel 4, featuring Jamie Pine et son petit ami d’alors Mike Jerry) et je me suis dit qu’il y avait là un roman… 

Au final, ce projet a été une excuse pour regarder des centaines (des milliers?) de vidéos sur YouTube sans avoir la sensation de perdre mes neurones et mon temps, un moyen de découvrir les Youtubeurs les plus célèbres outre-Manche, d’apprécier le travail qu’ils font (car sous des apparences de dilettantisme, c’est de longues heures de travail) et d’en comprendre le fonctionnement (vlogs, merchandising, etc.).

Ce monde bling-bling des Youtubeurs à succès me fascine autant qu’il me révulse. Je voulais voir ce qu’il se passe une fois qu’ils éteignent les caméras… Évidemment, j’ai créé des Youtubeurs à ma sauce, en corrigeant certains travers de notre société (Priyanka ne pourrait pas être la première Youtubeuse de Grande-Bretagne, malheureusement. Le racisme systémique aurait limité/empêché son succès, l’aurait condamné à être une Youtubeuse de niche. Damian aurait été dans le même cas.)

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Présentation du roman Tuer le bon gay

 

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